
La faune du concert de métal. Le vrai.
Hier soir, j’ai revécu mes émotions d’ado boutonneuse et je suis retournée à un concert de métal. Cela faisait fort, fort longtemps que je n’y avais pas mis les pieds (bon 4 mois mais quand même) et cela m’a fait un bien fou. J’ai pu retrouver cette sensation de communion avec le groupe et la foule, ces gens sympas, une bière à la main. Tiens, en parlant de « ces gens », la faune du concert de métal est quand même assez particulière et connaît, elle aussi, ses codes et ses classiques. Petit aperçu.
La gotho-pouf
En général, tu la repères à des kilomètres à la ronde. Habillée pour faire peur à la société, elle se fournit pourtant exclusivement sur le site du Goéland, Rock à gogo ou l’Indien boutique. En marge de notre société capitaliste, elle est pourtant un panneau publicitaire ambulant. Mais ne lui dites pas, on vous rétorquerait que « vous ne comprenez rien ». Ou que vous êtes un( e ) connard (sse). Teint blafard, new rocks de compétition, robe décolletée à lacets, cheveux très bruns et très teints et tatouages bien visibles. La gotho-pouf, comme on l’appelle dans les milieux autorisés, a aussi un sens assez aigu du maquillage : yeux charbonneux, rouge à lèvres et ongles noirs. Combo ultime. C’est elle aussi qui vous regarde et regarde le concert de haut : en effet, la gotho-pouf a tout vu/vécu. La gotho-pouf n’hésitera pas à aller dans le pogo. Par contre, vous risquez de l’entendre se plaindre de s’être pris des coups (que c’était inadmissible et qu’il faut aller « péter les dents à ce connard ») dans les toilettes des filles. Et oui, la gotho-pouf est une petite fille fragile qui, sous ses airs de mégère, a un petit cœur qui bat.
Variante new generation : la gotho-pouf pin up des 50’s.
Le pogoteur fou.
Si vous êtes asthmatique, en béquilles, si vous portez des lunettes ou mesurez 1m12, un conseil : éloignez-vous de cette personne. Le pogoteur fou n’est pas là pour la musique. Non. Il est là pour tout donner dans le pogo : des claques, des coups de pieds, hurler sans ménagement dans les oreilles de son voisin, pousser le mec le plus chétif au milieu du circle pit en riant d’un air mauvais et vicieux. Le pogoteur fou est facilement reconnaissable : il a tout laissé au vestiaire/dans sa voiture/à sa copine dans les gradins pour se défouler dans la fosse. Jean crado, baskets encore plus sales, t-shirts de groupe ou publicitaires (genre Auchan, LCL etc.), le pogotteur fou est celui qui mène la danse dans le pit. Il est de tous les pogos, de tous les circles pits et de tous les walls of death. Méfiez-vous tout de même, le pogoteur fou est celui qui se chauffe très facilement, les litrons de bière qu’il a ingurgités avant/pendant le concert l’aidant à être au top de sa forme.
Le vieux briscard.
Lui, il a connu les débuts du metal. Il est à tous les concerts français de métal depuis 1970. Il a vu tous les groupes en concert, plusieurs fois. Ses t-shirts de groupes datent de 1980. Il a fait la 1ère édition du Wacken, il a aidé à installer le 1er FuryFest, il connaît tous les tenanciers de bars et de salles de concert de la capitale et de province. Partout où il passe, il dit bonjour à quelqu’un. Mais c’est aussi un foufou : il vit par le métal, pour le métal, avec le métal. Il a converti sa femme, ses enfants, qui ont reçu comme premier cadeau d’anniversaire un CD de berceuses de Metallica et Iron Maiden. Ah oui, il porte la barbe ou la moustache, a une veste à patchs des années bissextiles et ne se ballade jamais sans son gobelet de bière. C’est une référence, une encyclopédie du metal et des concerts. Et c’est aussi un mec sympa et jovial.
Le mec qui ne vient pas pour la tête d’affiche mais pour le 1er groupe de la 1ère partie.
C’est simple, il est le seul avec le T-shirt de l’obscur groupe qui commence à jouer à 18H15. D’ailleurs, il est arrivé à 17h, au cas où. C’est lui aussi qui headbangue seul dans une fosse à moitié vide et qui connaît par cœur les paroles de TOUTES les chansons. Il applaudit, il hurle, il pogotte seul. Bref, il vit son concert à 200%. Parce que d’habitude, son groupe il le voit dans des bars d’outre-tombe avec 10 pelos dont 3 barmen, un ingé son, et 4 gars du groupe. C’est lui leur fan, il est présent à chaque concert. D’ailleurs les mecs du groupe commencent à flipper un peu de le voir les suivre comme un p’tit toutou à chaque date. Et si c’était un stalker fou ? Même pas. Il est juste fan, complètement fan, et c’est leur seul et unique.
LE fan.
A la différence du fan du 1er petit groupe, LE fan est là pour la tête d’affiche. Rien d’autre. La première partie ? Rien à battre. Son truc à lui c’est le metal qui tache, le bourrin. Il arrive sapé de la tête au pied avec l’accessoire ultime : son plus beau T-shirt du groupe. Il a aussi son sac à dos avec toute la discographie. On ne sait jamais, il pourrait se les faire dédicacer. Chanceux, va. LE fan est au 1er rang, au risque de souffrir d’une multiple fracture des côtes contre la barrière de sécurité. Il connaît toutes les chansons par cœur, chaque riff, chaque break. Il a déjà vu le groupe en concert 5 fois au minimum en France et à l’étranger. La fin du concert est pour lui une épreuve : il doit réussir à attraper une baguette/la serviette/le mediator d’un membre du groupe tout en se précipitant à l’extérieur pour aller faire le pied de grue à côté du tourbus (pour une dédicace on vous a déjà dit).
Variante : le fan de toujours qui sort du taf et se retrouve en costard/cravate au concert de son groupe préféré. Sueur, quand tu nous tiens.
Le blasé.
Lui, il a tout vu, tout lu, tout entendu. Le concert de 2002 ? Il y était ! Le concert avec la coupure de courant ? Il y était aussi. Le concert annulé ? Pas de doute, il y était aussi. Impossible de discuter avec lui parce qu’il saura toujours mieux que vous parce que … oui, c’est ça, il a tout vu, tout lu, tout entendu. C’est lui aussi qui avec ses monologues interminables vous dégoutera de la musique à vie. Ou tout du moins pour ce concert. Parce que, oui, c’est ça, ayant tout vu, tout lu, tout entendu, il a déjà vu le groupe en concert et vous dira tout ce que vous ne voulez pas savoir sur eux. « Non mais le guitariste, c’est le roi des pains, tu vas voir inaudible ». Merci mec, tu me fais rêver, continue. Il est blasé de tout et surtout de l’ambiance du concert qui « est quand même vachement moins bonne que celle du Gods of Metal à Bologne en 2001 » (oui, il y était aussi).
Cette liste est loin d’être exhaustive et la critique peut paraître facile, vous avez raison. Mais si je ne les aimais pas de tout mon cœur, pourquoi irais-je me mêler à eux dans des concerts ?


Ha ha, merci pour cette petite page bien sympathique qui illustre avec humour et amour le milieu du metal!
Je me suis partiellement revu hier dans la description du pogoteur fou, sauf que, pour être exhaustif, il faut préciser que je n’avais plus de t-shirt! :’)