
Le quart de siècle
Je crois que je ne m’habituerai jamais à vieillir. Sérieusement. Je ne vis ni dans le regret ni dans le remords mais quand même, il y a des moments où lorsque l’on jette un coup d’oeil en arrière on a un petit pincement au coeur.
Comme vous avez pu le comprendre, je vais dangereusement sur mes 25 ans. 25 piges. Ce quart de siècle qui te file un sérieux coup derrière la nuque. Ce quart de siècle qui te fait passer définitivement du stade d’adulescent au stade d’adulte. Non, tu n’es plus cette petite chose fragile que les gens veulent aider : tu as maintenant des responsabilités, on te demande de t’assumer et d’agir. Et si je n’en ai pas envie ? Je veux dire : et si j’avais qu’une envie justement, c’était celle de fuir (loin, très loin) mes responsabilités.
« C’était mieux avant ». Oui, c’était mieux avant quand lorsqu’il y avait un problème on pouvait passer un coup de fil à sa mère et que les choses semblaient s’arranger d’elles-mêmes. Ouais, c’était mieux avant quand on n’avait pas à se soucier de regarder son compte dès le 15 du mois pour éviter tout crash financier en fin de course. Ouais, c’était mieux avant quand on pouvait picoler jusqu’à plus de soif et être fraîche comme un gardon le lendemain. Ouais, c’était mieux avant etcetcetc.
Ceci dit, n’allez pas vous méprendre. Je ne suis pas de ceux qui refusent obstinément de vieillir. Je ne vais pas faire péter la mini jupe jusqu’à 50 ans, le bronzage orange et les lunettes D&G. Rassurez-vous, je vous épargnerai cette vision d’horreur. En fait, je pense juste que je n’étais pas préparée (mais peut-être qu’on ne l’est jamais, je ne sais pas). Dès l’obtention du bac, tout s’enchaîne vitesse grand V : les concours pour les écoles, les cours, Erasmus, le 1er chagrin d’amour, la rencontre d’un garçon, l’emménagement, le diplôme, le chômage, le boulot, le 1er changement de boulot etc. Personne ne m’avait dit que ça irait aussi vite. Je savais que tout cela allait arriver mais personne m’avait dit que ce serait rapide et que j’aurais peut-être dû serrer les fesses pour moins encaisser.
En fait, si je résume ma pensée ici : ce qui me fait le plus peur dans tout ça, ce n’est pas de vieillir. Ce sont les conventions sociales qui sont attachées à tout cela. Et c’est là que j’ai l’impression d’être un extra-terrestre, alors que je suis persuadée que nous sommes des milliers, si ce n’est des millions, dans mon cas. Qu’est-ce qui pousse les gens à te demander dès que tu as 25 ans : alors, c’est quand que tu te maries ? Si vous vous mariez pas, vous allez au moins faire des enfants ? Parce que bon, vous êtes ensemble depuis 4 ans déjà, faut peut-être penser à l’étape suivante … Mais lâchez-moi l’oignon avec vos questions d’enfants et de mariage. Est-on obligés de se marier pour vivre heureux ? Est-on obligé de pondre un chiard dans la 5e année de la relation ? Non mais je vous demande … Et cette pression sociale qui s’abat sur le coin de ta face quand les gens autour de toi commencent à prévoir leurs épousailles. Le pire étant, je crois, ceux qui prévoient tout à 5 ans.
« Bon alors là avec Chérichouchou, on se marie dans un an, on boucle le déménagement dans les 6 mois et après on met le petit premier en route ».
C’est rassurant pour vous de voir votre vie balisée à 5 ans ? C’est rassurant de vous dire « je fais un enfant, c’est trop notre objectif avec mon Chérichouchou! » ? Je fais déjà des attaques de panique quand j’ai 3 week ends de prévus dans le mois, je vais pas baliser ma vie non plus! Et pis, je pense que naviguer à vue me permet surtout de ne pas être déçue. Comment allez-vous réagir si dans les deux ans vous n’avez pas fait le petit premier ? Vous êtes surs que votre couple pourra se relever de tout cela ?
Non, moi je préfère naviguer à vue pour l’instant. Je sais pas encore vraiment ce que je veux, mais je sais ce que je ne veux pas. Et croyez moi, ça aide beaucoup. Et surtout, mieux que tout cela, avec mon copain on parle. On communique. On discute. Et tout cela nous permet de se mettre au diapason tous les deux et que chacun d’entre nous n’ait pas des envies que l’autre ne pourrait pas satisfaire.
Pour en revenir à mes 25 ans, je crois que la seule chose qui me fera définitivement avaler la pilule, c’est cette soirée que je vais organiser. Cette soirée pour cet anniversaire si « spécial » qui fera de l’entrée dans la 26e année un moment inoubliable.


Je suis assez d’accord avec toi sur ce coté prévision/planning, mais d’un autre coté on ne se rend pas compte que le temps passe super vite, trop vite parfois, et un jour on se dit qu’on a pas forcément eu le temps de faire telle ou telle chose, donc une certaine discipline est quand même nécessaire.
Ca dépend. Pour certains je suis d’accord, ils prévoient à leur insu mais certains, c’est une vraie ligne de vie. Ca en devient même flippant à un moment.