
Carnets de guerre – Vassili Grossman
Ce n’est nouveau pour personne que de dire que j’aime particulièrement les livres d’histoire, notamment ceux sur l’URSS et son engagement dans la Seconde Guerre Mondiale. Ma dernière lecture ne me fera pas défaut : « Carnets de Guerre » de Vassili Grossman.
Vassili Grossman, qui es-tu ?
« Je ne crois plus au bien, je crois à la bonté. » Vie et destin
Vassili Grossman est un correspondant de guerre et écrivain soviétique, né en Ukraine en 1905. Issu d’une famille juive assimilée, il passe sa jeunesse dans la campagne ukrainienne et part ensuite faire ses études à Kiev et à Moscou.
Lorsque la 2nde Guerre Mondiale éclate, Grossman se porte volontaire pour être correspondant de guerre et suit l’Armée Rouge dans tous ses déplacements. Ses écrits deviennent très populaires et donnent lieu à la publication de son premier ouvrage, Livre noir. Il suit l’armée Rouge jusque dans les plus terribles batailles de la guerre et se fait la voix des soldats pendant la bataille de Stalingrad, bataille qu’il passera au front et non sur les lignes arrières comme les autres correspondants. Ses récits l’amènent au rang de héros soviétique.
Il est l’un des premiers à écrire sur les camps de concentration, suite à la découverte par l’armée Rouge de Treblinka. Son ouvrage L’enfer de Treblinka servira de témoignage lors des Procès de Nuremberg . Il fut aussi l’un des tous premiers journalistes à entrer dans Berlin à la fin de la guerre.
A la fin de la guerre, il apprend que sa mère, restée en Ukraine a été massacrée, comme des milliers de Juifs sur place.
D’abord correspondant de guerre pour le régime soviétique, Vassili Grossman prend ses distances avec celui-ci dès la fin de la guerre et devint un écrivain dissident. Suite au Complot des Blouses Blanches, il devint très critique envers la personnalité de Staline et le sort que celui-ci réserve aux minorités. Il établira alors un parallèle entre le régime soviétique de Staline et le régime nazi, deux régimes qui se retrouvent dans leur antisémitisme.
Ses principales œuvres :
- Pour une juste cause : ce roman a pour cadre la bataille de Stalingrad. Publié en Union Soviétique, certains passages furent largement censurés.
- Vie et destin : Centré lui aussi sur la bataille de Stalingrad, ce roman peut être considéré comme la suite de Pour une juste cause, et décrit la société soviétique durant cette bataille. Envoyé à son éditeur en 1962, le roman sera saisi par le KGB. Grossman meurt quelques mois après. Cependant, des écrits seront retrouvés en Allemagne, rapportés par des émigrés soviétiques, et le roman sera finalement publié dans les années 1980.
Carnets de guerre, de Moscou à Berlin. 1941 – 1945
Ces carnets de guerre ont été compilés par Anthony Beevor et Luba Vinogradova qui éclairent certains passages de leurs connaissances historiques.
Comme leur nom l’indique, ces carnets sont des carnets avec des phrases jetées à même le papier sans recherche d’effet littéraire ou de style. Sans aucune logique pour certaines d’entre elles. Cependant, elles trahissent déjà la très grande sensibilité littéraire de l’auteur qui décrit le front avec passion, sans jugement. Tout y passe : les hommes, les armes, mes sentiments, les odeurs, ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas. Rien n’est dissimulé, pas mêmes les exactions d’une armée russe en quête de revanche à tout prix.
Plume d’une armée soviétique d’abord dominée par la puissance Nazie, Vassili Grossman couche sur papier en quelques phrases les doutes des soldats, la pression qui repose sur leurs épaules mais aussi la camaraderie qui peut naître dans de tels périodes de souffrance. A travers ses écrits, ressortent les prémices de ses grands ouvrages. Tout d’abord assimilé à de la propagande (car publiés dans des journaux d’état), Grossman ne cherche pas à dissimuler la vérité et l’atrocité du front : rien n’est épargné au lecteur, pas même l’odeur de la mort.
A travers ses notes, reprises telle quelles par Beevor et Vinogradova, Grossman se fait le chroniqueur de la Grand Guerre patriotique, lancée par le pouvoir suite à l’invasion Nazie, et devient ainsi le porte-parole d’une génération entière de soldats.
Carnets de Guerre, de Moscou à Berlin. 1941-1945. Textes choisis et présentés par Anthony Beevor et Luba Vinogradova. Le livre de Poche.


